Guy Blanc : l’homme qui fit naître la Pierra Menta, légende du Beaufortain
Dans l’histoire du ski-alpinisme, il y a les champions, les exploits, et puis il y a ceux qui ont rêvé assez grand pour changer le cours des choses. Guy Blanc, disparu le 20 avril 2026 à l’âge de 83 ans, était de ceux-là . Fils du Beaufortain, bâtisseur dans l’âme et passionné de montagne, il est celui qui a osé imaginer une course à la démesure de son territoire : la Pierra Menta. Lors de la dernière édition, il y a quelques semaines à peine, nous avons tourné ce sujet, un entretien avec Florent Perrier diffusé lors du direct, que nous republions ici.
Un enfant du Beaufortain
Chez les Blanc, la montagne est une affaire de famille. Gaspard, le père de Guy, est à l’origine des premières remontées mécaniques de la station d’Arêches-Beaufort dès 1947 . C’est dans ce berceau que Guy grandit, imprégné par l’amour du ski et des grands espaces. Tour à tour moniteur de ski, compétiteur et chef d’entreprise dans les travaux publics, il parcourt les pentes et les chantiers du massif, construisant ponts, bâtiments et routes forestières . Un homme de terrain, toujours en mouvement, et surtout, « sans arrêt en train d’inventer » .
L’idée folle d’un repas entre amis
Tout bascule à l’été 1985. Autour d’une raclette, entre amis, l’idée germe : et si on organisait une grande course de ski-alpinisme pour relier les sommets emblématiques du Beaufortain ? . Avec Bruno Chardin, alors directeur de la station, et Guy Sevessand, qui connaît bien les courses italiennes, Guy Blanc se lance dans ce « pari fou » . L’ambition initiale est même démesurée : un Paris-Dakar des neiges de sept jours. « Mon papa a toujours aimé inventer des choses un peu exotiques », raconte son fils Sébastien. La raison l’emporte : le format est ramené à quatre jours. « On nous a dit : sept jours, c’est peut-être un peu long. Faisons déjà quatre, et on verra. »
La naissance d’une légende
Le pari est réussi au-delà de toute espérance. En mars 1986, la première édition rassemble une petite dizaine d’équipes de passionnés, principalement des locaux et des militaires de haute montagne . La course porte alors le nom de la Pierra Menta, ce sommet monolithique du Beaufortain reconnaissable entre tous. Rapidement, les skieurs plébiscitent le format le plus exigeant : 10 000 mètres de dénivelé positif en quatre jours, enchaînant 15 sommets culminant jusqu’à 2 687 mètres .
Guy Blanc insuffle d’emblée une dimension unique à l’épreuve. « Nous sommes partis d’une bande de copains, d’une petite course amicale sans savoir qu’elle allait devenir une grande course », confiait-il en 1995 . Mais sa vision dépasse le simple cadre sportif. Il voulait une course en montagne, exigeante, mais profondément humaine et populaire. Lui-même accueillait les coureurs dès potron-minet avec un café, avant qu’ils ne s’élancent .
Un héritage vivant
Guy Blanc a su, au fil des ans, faire grandir la Pierra Menta sans jamais en perdre l’âme, soutenu par son épouse Laurence . Aujourd’hui, l’épreuve rassemble chaque année près de 200 équipes de deux coureurs, 300 bénévoles et plus de 5 000 spectateurs venus du monde entier . Surnommée le « Tour de France » ou le « Dakar des neiges », elle est devenue une référence incontournable du ski-alpinisme international .
Ses fils ont repris le flambeau : Sébastien Blanc préside le comité d’organisation de la course hivernale, tandis que Nicolas dirige la Pierra Menta été . L’héritage de Guy Blanc est là, dans ces pentes enneigées où chaque trace laissée par les coureurs rappelle le geste visionnaire d’un homme. « Merci pour tout ce que tu nous as fait vivre », a écrit Kilian Jornet, vainqueur à quatre reprises de la course et également intervenant du Live. Un message simple pour celui qui, autour d’une raclette, avait osé rêver une montagne plus vivante que jamais.










