Perché à 2 802 mètres d’altitude, le col de la Bonette-Restefond détient un record : celui de la plus haute route d’Europe. L’été, les touristes l’empruntent pour admirer un panorama à couper le souffle sur les Alpes du Sud. Mais quand l’hiver recouvre la chaussée de neige et que les congères atteignent plusieurs mètres de hauteur, la route ferme officiellement à la circulation. Pourtant, elle ne dort pas. Depuis près de trente ans, elle se transforme en un centre d’essais unique au monde, loué en exclusivité par le géant du pneumatique Michelin. Depuis 2018, l’entreprise Grip Media et son gérant Olivier Jean, local de l’étape, a associé à l’expertise de Michelin son propre savoir-faire en matière de réalisation audiovisuelle en conditions montagnardes extrêmes. Sa mission : mettre en images les sessions de test de pneumatiques que le groupe de Clermont-Ferrand organise pour ses clients grand-comptes. Nous vous proposns d’en découvrir les coulisses avec ce making-of.
La plus belle piste d’essai hivernale du monde !
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Une privatisation hivernale de 12 kilomètres
De décembre à mars, Michelin prend ses quartiers sur une portion de cette route mythique. L’entreprise loue un tronçon de 12 kilomètres à la commune de Jausiers, dans la vallée de l’Ubaye. Le site officiel est d’ailleurs appelé « piste d’essais de Barcelonnette », du nom de la sous-préfecture des Alpes-de-Haute-Provence située à proximité.
La route, qui serpente entre 1 800 et 2 400 mètres d’altitude, offre des conditions idéales pour tester des pneumatiques dans des environnements extrêmes. Et l’avantage est double : en plus de la neige et du gel omniprésents, le tracé escarpé, avec ses virages serrés et son dénivelé impressionnant de 900 mètres, permet d’évaluer le comportement des pneus dans des situations réelles de conduite en montagne.
Des installations dédiées et une logistique rodée
Au fil des années, Michelin a développé une véritable petite infrastructure sur place. Une base de vie a été aménagée, comprenant un local chauffé, des sanitaires, une petite cuisine et du matériel pour le montage des pneumatiques. Mais l’élément clé de ce dispositif, c’est avant tout une équipe locale qui connaît la montagne sur le bout des doigts.
D’ailleurs, l’histoire d’amour entre Michelin et la Bonette est aussi une affaire d’hommes. Depuis 1995, c’est Christian Pierre, un habitant de la vallée, qui est chargé de préparer la piste. Il est l’« âme » du centre d’essais, comme le décrivent les équipes du manufacturier.
Avec l’aide de son collègue Michel Fortoul, il se lève souvent dès 2 ou 3 heures du matin. À l’aide d’un engin de damage, il travaille la neige pour obtenir la qualité de surface souhaitée par les ingénieurs. Il doit également former de hauts murs de neige de chaque côté de la route pour sécuriser le parcours, et hisser un fanion rouge au départ du site lorsque les essais sont en cours. Une signalisation indispensable pour prévenir les rares randonneurs qui s’aventureraient sur la route fermée, malgré l’interdiction.
Une piste au service de l’innovation et de la sécurité
Sur ce terrain unique, les pilotes d’essais de Michelin peuvent travailler de deux manières. Il y a d’abord les tests mesurables, comme les distances de freinage ou la tenue de cap. Mais c’est aussi, et surtout, un lieu privilégié pour les essais « subjectifs », une spécialité de la marque. Des pilotes experts, à l’instar d’Étienne Ivassenko, pilote de développement pour Porsche, évaluent à la sensation le comportement des pneumatiques, ce qui permet d’affiner les réglages avant leur mise sur le marché.
C’est d’ailleurs sur cette route que Michelin a mis au point puis présenté à la presse internationale son pneu Agilis CrossClimate, en 2018. Ce pneu « 4 saisons » destiné aux utilitaires a été conçu pour offrir la longévité et la sécurité d’un pneu été, couplées à l’adhérence d’un pneu hiver sur neige. Pour prouver son efficacité, rien de tel qu’un test grandeur nature par -10°C.
L’objectif de ces essais est simple : rassurer les professionnels sur le passage au pneu 4 saisons, qui évite la contrainte du changement de pneus deux fois par an. Pour les gestionnaires de flottes automobiles (La Poste, Eiffage, SNCF…), cela représente une simplification logistique non négligeable, à condition que la sécurité soit au rendez-vous.
Un cadre spectaculaire mais pas sans danger
Ce partenariat, qui dure depuis plus de 25 ans, offre à Michelin un laboratoire à ciel ouvert incomparable. Cependant, la route garde une part de sauvagerie et de danger, même lorsqu’elle est privatisée. La cohabitation avec les rares randonneurs reste une préoccupation constante, tout comme les risques liés aux conditions météorologiques extrêmes.
Surtout, la fermeture de la route en hiver n’est pas une simple formalité : elle est absolument nécessaire pour la sécurité. En janvier 2017, un drame a rappelé les dangers de cette portion. Un automobiliste a perdu la vie en chutant dans un ravin. L’homme, qui suivait les indications de son GPS, s’était engagé sur la route fermée. C’est l’un des deux agents d’entretien de Michelin qui a fait la macabre découverte. Un épisode tragique qui illustre la violence des hivers en Ubaye et la raison d’être de cette privatisation exceptionnelle.
Ainsi, chaque hiver, le col de la Bonette se transforme. Ce n’est plus une route, mais un vaste terrain de jeu technique où le secret industriel et l’innovation roulent à tombeau ouvert, dans le blanc silence des cimes.
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